ITINÉRANCE : après la Grèce, Atelier Bartavelle part à la rencontre des brodeuses berbères de Guermessa

Crédit Photo : Chaumont et Zaerpour

Nous avons rencontré Alexia Tronel et Caroline Perdrix, fondatrices d’Atelier Bartavelle, une marque de vêtements féminins et unisexes à l’inspiration méditerranéenne.

L’année dernière, Atelier Bartavelle a lancé le projet associatif « ITINÉRANCE » qui prévoit la réalisation sur deux ans de 5 éditions limitées dans 5 pays du bassin méditerranéen.

L’objectif du projet est d’apporter des réponses aux défis économiques, sociaux et environnementaux rencontrés en Méditerranée. Ainsi, Itinérance permet de produire entièrement en circuit court, de mettre en oeuvre des pratiques responsables et de valoriser les savoir-faire de chacun dans les processus de création et de production.

L’échange et la collaboration sont au cœur de l’ADN de l’Atelier Bartavelle. Le vêtement est perçu comme un outil au service du changement social. 

Aujourd’hui, Atelier Bartavelle a réalisé une première collection de 13 pulls tricotés par des grands-mères grecques (les « yayas ») sur l’île de Tinos dans les Cyclades. Alexia et Caroline travaillent désormais à la seconde édition limitée du projet qui sera réalisée en Tunisie. 

Retour sur la création d’Atelier Bartavelle et sur les ambitions du projet ITINÉRANCE :

Crédit Photo : Chaumont et Zaerpour

 

Comment est née la marque Atelier Bartavelle ?

Alexia :

« J’ai rencontré Caroline alors qu’elle exposait une collection artisanale au MUCEM quand Marseille était « Capitale Européenne de la Culture » en 2013. Moi, je terminais une mission dans une ONG. Nous avons discuté et très rapidement, nous avons décidé de créer ensemble une marque qui puisse incarner notre vision commune, responsable et créative. Voilà comment est née Atelier Bartavelle ! »

« L’échange prend une place très importante dans notre processus de création »

 

Vos éditions ont-elles toujours été le fruit de collaborations avec des créatifs et des artisans ?

Caroline  :

« Nous avons toujours collaboré avec des créatifs et des artisans de toute discipline. En 2016, nous présentions notre première performance au Centquatre avec des danseurs, designers, artistes plasticiens, musiciens… Notre marque ayant un volet social, nous avons aussi développé nos projets avec des associations, des artisans soucieux de transmettre leur savoir-faire comme des soyeux à Lyon, ou encore des imprimeurs 3D. Ces collaborations, ce sont avant tout des rencontres. Nous aimions leur univers créatif, et l’échange prend une place très importante dans notre processus de création. »

« Dans cette édition, nous rappelons à travers le vêtement les problématiques liées au statut de la femme en Tunisie. »

 

Crédit Photo : Alexia Tronel et Caroline Perdrix

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le projet Itinérance et sur la deuxième édition qui sera réalisée en Tunisie ?

Alexia :

« ITINÉRANCE est un projet associatif que l’on a en parallèle de notre marque et studio de création Atelier Bartavelle pour aller beaucoup plus loin dans notre engagement. Ce projet co-crée des initiatives positives et engagées dans la mode en Méditerranée. Notre mission est de fédérer une communauté d’artisans et d’acteurs de changements. »

Caroline :

« Pour commencer, nous allons à la rencontre de 5 pays-cultures du bassin méditerranéen – Grèce, Tunisie, Liban, Maroc, Turquie —  pour réaliser 5 éditions limitées de vêtements en collaboration avec des acteurs locaux. Nous développons un projet entièrement local pour s’interroger sur le sens de la mode et valoriser la place de chaque acteur. Nous travaillons essentiellement avec des femmes et la sociabilité est au cœur du projet. Réunir avec un but, un partage, faire du lien. »

Caroline :

« Avec le projet ITINÉRANCE, nous valorisons des savoir-faire de la Méditerranée tels que le tricot ou la broderie. En 2018, nous sommes allées sur l’île de Tinos dans les Cyclades pour tricoter des pulls avec des grands-mères. Nous voulions montrer la transmission d’un savoir-faire d’une génération à une autre. Pour la prochaine édition, nous sommes allées à la rencontre des brodeuses berbères de Guermessa en Tunisie. Dans cette édition, nous rappelons à travers le vêtement les problématiques liées au statut de la femme en Tunisie. »

Alexia :

« On y parlera également du marché de la fripe ! L’édition sera exposée à partir du mois de juin et en vente en septembre. »

« Nous voulions montrer que c’est en créant du lien que l’on peut donner un nouveau visage à la mode »

 

Comment avez-vous sélectionné les pays qui accueilleront votre projet Itinérance ?

Caroline :

« Les pays de nos premières éditions sont au cœur de nombreuses problématiques. Nous voulions montrer que c’est en créant du lien que l’on peut raconter de nouvelles histoires et donner un nouveau visage à la mode. »

Alexia :

« L’industrie du textile a un fort impact social et environnemental sur le bassin Méditerranéen. Au niveau social, c’est l’un des premiers ateliers de confection en Europe. Au niveau environnemental, c’est tout simplement la mer la plus polluée au monde. Polluée en partie à cause de notre industrie, avec notamment les micro-particules de plastiques qui proviennent des cycles de vie du vêtement. »

« Itinérance, c’est un projet artistique avec un impact social, le vêtement devient un outil pour le mettre en oeuvre. »

 

Crédit Photo : Alexia Tronel et Caroline Perdrix

Avec l’édition « yayas », avez-vous pu constater un impact sur les problématiques que vous décrivez ?

Alexia :

« Une yaya nous a récemment confié que depuis notre projet, la vie avait changé pour les yayas de Tinos. Les liens. L’atmosphère. Je lui ai tout de suite demandé, inquiète, si c’était positif. Alors elle m’a listé toutes les actions qui avait pu être menées sur l’île : la création d’une association avec les grands-mères de l’île, le financement d’un centre médical par exemple. Et surtout, beaucoup de joie et de fierté pour les doyennes. »

Caroline :

« Construire ce projet, c’est prendre le temps de rencontrer vraiment les gens. De nouer des relations. Cet été, je suis restée deux mois sur l’île de Tinos pour tricoter au quotidien avec les yayas. Cette expérience montre que le tricot est vecteur de lien social… et ce grâce au temps.»

Alexia :

« Pour la Tunisie, nous travaillons avec des femmes brodeuses (art domestique) d’un petit village du sud, Guermessa. Le projet devient un complément de revenu ou une autonomie pour elles. C’est une initiation à la vie professionnelle, mais qui reste en harmonie avec leur mode de vie, leur structure sociale et leurs obligations familiales. C’est une initiation “douce” qui va vite pour certaines, et encore plus pour d’autres selon leurs prédispositions. Itinérance, c’est un projet artistique avec un impact social, le vêtement devient un outil pour le mettre en oeuvre. »

A suivre …

 

Quels sont vos autres projets ?

Caroline :

« Nous avons beaucoup d’idées ! Mais nous nous adaptons aux problématiques locales. Nous continuerons dans d’autres destinations et j’espère avec de nouveaux partenaires. »

Alexia :

« Atelier Bartavelle continue à éditer des basiques. Nous travaillons aussi sur des collaborations comme récemment avec les Galeries Lafayette pour Go for Good, et d’autres à venir… »

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