Le créateur Mossi Traoré, fondateur des Ateliers Alix, annonce l’ouverture des candidatures pour sa nouvelle formation en Haute Couture

Nous avons rencontré Mossi Traoré dans les locaux du lycée professionnel Turquetil. L’occasion de parler de l’offre de formation que le créateur propose depuis 2015 mais également de sa nouvelle formation haute couture qui démarrera en février 2019.

En octobre dernier, Mossi avait fait son retour sur la scène créative au Carrousel du Louvre avec un pop-up et une exposition intitulée « Etoile de Lune ». L’exposition présentait un shooting réalisé au Taj Mahal avec l’étoile Marie Agnès Gillot vêtue de créations Mossi. Mais en parallèle de sa marque, le créateur est aussi à la tête d’une école : Les Ateliers Alix, un nom choisi en hommage à Madame Grès.

Les Ateliers Alix sont nés en 2015 d’une double volonté de la part de Mossi : celle de prendre un nouveau départ suite à des difficultés liées au dévleppoement de sa première marque et celle de former des jeunes de quartier afin de favoriser leur insertion professionnelle. Si l’ouverture de l’école a permis de répondre à ces deux ambitions, elle a également offert au créateur la possibilité de continuer à créer entouré d’un vivier de talents.

 « En 2014, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à m’endetter à chaque collection, qu’il me fallait un projet qui me permette de vivre, de pérenniser mes aspirations, mais aussi de poursuivre les collections. Alors je me suis dit : pourquoi ne pas faire de la formation ? J’ai toujours eu cette envie dans mon quartier où il y avait beaucoup de mamans de toutes origines, très douées en couture et qui organisaient des petits ateliers. C’est un lieu de cohésion sociale. »

Afin de constituer son corps professoral, Mossi s’est entouré d’artisans et de professionnels experts. Il s’est ensuite rapproché de lycées professionnels pour la location ponctuelle de leurs locaux.

« Le lycée Paul Poiret et le lycée Turquetil ont adoré le projet. Cela m’a facilité l’accès à des locaux parce que n’aurais pas pu investir tout de suite dans du mobilier et dans des murs. Le fait de louer des locaux uniquement lorsque je fais des formations, cela me permet de respirer, d’être libre. »

A l’ouverture des Ateliers Alix, Mossi choisit de proposer une formation de directeur artistique. Le créateur explique qu’il aurait souhaité bénéficier d’une telle formation avant de lancer sa marque.

« Quand j’ai fini mes études (à Mod’Art), j’ai voulu me lancer tout de suite. J’ai eu la chance de rentrer dans le calendrier officiel mais je n’étais pas prêt : je pensais que je l’étais. Je n’avais pas eu d’expérience en Maison, donc toute cette compréhension du métier, je ne l’avais pas. J’ai dû créer ma société, ma collection et mon défilé en deux mois et demi. J’ai tout fait mais je me suis planté. Il aurait fallu que je sois entouré d’une personne axée business. Après ça, j’ai fait quelques mois de stand-by puis je me suis relancé à nouveau avec mon associée Zhen. Zhen et moi étions deux créatifs, on a fait de belles choses mais on n’a pas réussi à capitaliser sur cet engouement, on n’avait pas la bonne stratégie. »

Pour le créateur, la formation mais aussi l’insertion professionnelle sont des priorités. Il introduit donc ses élèves auprès du réseau qu’il a construit au fil des années.

« Aujourd’hui, lorsque tu sors d’une école de mode, tu ne connais pas tout le métier : tu ne sais pas négocier avec un fournisseur, avec un artisan, lui donner envie de croire en ton projet pendant deux ans. Je voulais que les élèves de ma promo puissent s’accaparer en quelques mois le réseau que j’avais mis quatre ans à construire. Je voulais qu’ils comprennent le rôle de tous ces experts, leur langage, leur univers de travail. En tant que chef d’orchestre de votre marque, comment gérer ces compétences autour de vous ?»

En parallèle, l’école accueille ponctuellement des salariés d’entreprises souhaitant se perfectionner et organise des cours du soir ouverts au grand public.

« Nous sommes une école inscrite au rectorat de Paris pour la formation initiale mais également un organisme de formation professionnelle inscrit auprès de la DIRRECTE. »

Pour favoriser l’insertion professionnelle de ses recrues, Mossi abandonne aujourd’hui la formation de directeur artistique pour lancer une nouvelle formation dédiée à la Haute Couture.

 « J’ai arrêté la formation directeur artistique car je me suis rendu compte que peu d’entre eux pourraient devenir directeur artistique. J’ai recentré la formation initiale sur la Haute Couture pour former des techniciens du vêtement, des personnes capables de faire de la création sur mesure. Il s’agira d’un programme sur un an très pointu, avec deux jours de formation en haute couture basé sur l’apprentissage des techniques du vêtement flou et du vêtement tailleur, ensuite deux journées de mise en situation professionnelle en ateliers sur du prêt-à-porter, et une journée sur les projets (expos, cours de couture que nous donnons le soir et qui sont ouverts au grand public).»

Cette nouvelle formation se déroulera sur un an et accueillera une dizaine d’élèves qui pourront bénéficier d’une bourse d’étude.

« J’aimerais que les élèves assistent également des professeurs pendant les cours du soir pour apprendre un peu l’enseignement, que cela fasse partie de leur contribution à notre association. Cette journée-là permet à nos élèves qui souhaitent y participer d’obtenir une bourse d’étude. »

Pour la suite, les Ateliers Alix pourraient allonger la formation d’une année et proposer une préparation aux concours.

« Si tout se passe bien, nous pourrons lancer une deuxième année avec du perfectionnement et de la préparation aux concours. Aujourd’hui, les lycées professionnels ne jouent pas vraiment le jeu des concours alors que c’est une belle distinction, un moyen de se faire repérer. Je veux faire des Ateliers Alix une école de référence pour la formation autour de la Haute Couture. Mais je veux rester une petite école, je n’ai pas l’ambition de me développer. 12 élèves par an, c’est suffisant car nous voulons vraiment créer des liens forts avec les élèves, qu’ils participent au travail sur la collection, qu’ils comprennent les périodes de rush, qu’ils bénéficient de mises en situation professionnelles, de conseils pour préparer une candidature etc. »  

Les Ateliers Alix prévoient également un accompagnement particulier pour les élèves étrangers qui rejoignent la promotion.

« J’ai négocié des partenariats avec des résidences d’étudiants pour que l’on puisse héberger des étudiants étrangers et qu’ils soient accompagnés pour toutes les démarches administratives. Je veux que les jeunes qui rentrent dans notre école comprennent l’importance de préparer leur projet professionnel en France, d’avoir une réflexion sur l’intégration culturelle, d’être investi dans un projet associatif, de s’intégrer, d’aller voir des pièces de théâtre. Parce que le jour où la préfecture te convoque et que tu dois présenter ton projet professionnel, si tu n’as pas les arguments, ce n’est pas possible. »

La vision de Mossi est une vision collaborative. Régulièrement, des jeunes créateurs rendront visite aux élèves de la promotion avec l’objectif de travailler ensemble sur leurs collections.

« Nous souhaitons de temps en temps faire venir des jeunes créateurs car notre but est de former des techniciens du vêtement, des gens qui pourront les épauler. Pour un jeune créateur, cela coûte cher de payer une modéliste. L’école est donc un lieu de formation utile à notre marque mais aussi utile pour d’autres jeunes créateurs. Aujourd’hui, je trouve qu’il n’y a pas assez d’interconnections entre les professionnels et les élèves des lycées techniques : un lycéen ne se rend pas compte de la chance qu’il a, il pense que ce sont des filières poubelles. Au contraire, ce sont des métiers rares où les gens gagnent très bien leur vie. »

Pour postuler : contact@lesateliersalix.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *