Claire Bretton, cofondatrice de daco « Croître, c’est gagner des parts de marché sur ses concurrents »

Nous avons rencontré Claire Bretton, cofondatrice de la société daco qui fournit aux entreprises une meilleure compréhension de leur environnement concurrentiel grâce à une technologie d’extraction de données et à des algorithmes d’intelligence artificielle.  

Claire a cofondé daco il y a un an et demi. Après une école de commerce, elle a rejoint le cabinet de conseil en big data Emnos avant d’intégrer la société de conseil en stratégie Advancy où elle a travaillé pendant quatre ans pour des clients du retail. « J’ai accompagné des leaders du prêt-à-porter et du retail sur la définition de leurs stratégies d’assortiment et de pricing ; à la fois dans le mass market avec le groupe Vivarte par exemple, mais aussi dans le luxe avec des maisons comme Kenzo. »

C’est au sein du cabinet Advancy qu’elle a rencontré ses associés, Paul Mouginot et Anis Gandoura : trois profils complémentaires au carrefour de la science, de la mode et du retail.  « Paul est passionné de mode. Il intervient régulièrement à l’Institut Français de la Mode (IFM) autour des sujets liés à l’utilisation de la data dans ce secteur. Il injecte toutes ses connaissances du métier dans daco.  Diplômé de l’Ecole Polytechnique en mathématiques appliquées, Anis s’occupe de l’intelligence artificielle et du développement des technologies d’extraction de données : c’est la tête pensante de la technologie chez daco. Ses compétences en intelligence artificielle sont très reconnues par ses pairs puisque nous venons de gagner le concours Nvidia x Rework AI à Londres il y a quelques jours ! Personnellement, je suis en charge du développement du produit et des relations clients. Ce sont deux choses très liées puisque c’est en travaillant avec nos clients qu’on améliore notre plateforme de jour en jour. Je m’occupe également des opérations et des relations investisseurs. On a tous une double voire triple casquette ! »

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Un outil de benchmark concurrentiel

En évoluant dans le conseil en stratégie, les trois cofondateurs ont constaté la nécessité de développer un outil de benchmark concurrentiel. Selon eux, la croissance d’une entreprise passe obligatoirement par une vision globale de son environnement concurrentiel lui permettant de conquérir de nouvelles parts de marché : un travail qui se révèle très chronophage en l’absence d’outil dédié. « En travaillant aux côtés de ces retailers, on s’est rendu compte que le marché du prêt à porter est complexe et très concurrentiel. Aujourd’hui, croître c’est gagner des parts de marché sur ses concurrents. La première étape de cette croissance, c’est de connaître ce que font ses concurrents pour pouvoir se différencier par le produit, les prix et les promotions. Récolter les données concurrentielles et les analyser a toujours été très chronophage, et a de la valeur uniquement si on le fait de façon récurrente. daco permet de répondre à ce besoin »

Une technologie d’extraction de données et des algorithmes d’intelligence artificielle

Claire détaille les étapes de la technologie développée par daco. Celle-ci extrait des données issues des sites web avant de les segmenter grâce à l’intelligence artificielle. Ces données génèrent ensuite toute une série de tableaux de bord permettant aux marques d’avoir une vision globale de leur environnement concurrentiel et d’y adapter leur stratégie. « Toutes les données que nous analysons sont disponibles sur les sites web. Notre technologie va extraire toutes les données que vous voyez sur une page produit : la photo du produit, son nom, le prix, la promotion, la description etc. Ce flux de données extrait est exhaustif. On va ensuite analyser ces données grâce à l’intelligence artificielle afin de les classifier selon la segmentation produits de nos clients : le but est de coller à cette segmentation toute l’offre des concurrents. Le résultat est un flux de données exhaustif et homogène qui va nous permettre de nourrir tout un ensemble de tableaux de bord. Ces tableaux de bord permettent de mettre au point une stratégie prix pertinente, des promotions efficaces et d’ajuster tout le plan de collection si besoin. »

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* les données du tableau ont été transformées pour l’article

Les tableaux de bord proposés permettent également aux retailers d’en apprendre davantage sur eux-même et d’obtenir des données issues de comparaisons qu’ils n’auraient pas forcément eu l’idée de faire. « On s’est rendu compte, et ça on ne l’avait pas en tête, que nos clients apprennent des choses sur eux-mêmes en regardant les données de leur propre site web. Un de nos clients s’est par exemple rendu compte qu’il avait l’offre de Lingerie la plus large du web : il ne savait pas que c’était un point de différentiation. A contrario, nos clients peuvent également identifier leurs faiblesses. On pense parfois être l’un des moins chers du marché parce qu’on regarde nos produits emblématiques et qu’on les compare un à un. Cette comparaison sélective ne permet pas de réaliser que sur le segment entrée-de-gamme (5 à 10 euros par exemple) on propose très peu de produits contrairement à nos concurrents. Les analyses daco permettent de mettre en avant ce genre de conclusions car on analyse des milliers de données »

Parmi les premiers clients de daco, nous retrouvons des marketplaces que la startup a aidées dans le référencement de nouvelles marques. « On travaille pour des marketplaces dont l’enjeu clé est le référencement des marques. Grâce à notre outil, elles peuvent maintenant identifier les marques qui sont référencées sur les sites concurrents et pas le leur. »

L’équipe de daco a un rôle de conseil auprès de ses clients dans le choix des données à extraire et à segmenter.  Selon Claire, il est aussi important d’utiliser l’outil dans l’optique de développer des points de différenciation avec la concurrence. « On conseille d’avoir un spectre assez large de marques à regarder, et surtout d’en prendre certaines qui sont un peu différentes : soit avec un price point plus élevé ou plus bas, soit avec un renouvellement de collection très fréquent. L’idée n’est pas d’avoir que des acteurs qui nous ressemblent, il faut s’ouvrir les chakras pour voir quels points de différenciation on peut mettre en avant dans sa propre marque. »

Un véritable support pour les professionnels du secteur

La technologie de daco ne se substitue pas à l’expertise du professionnel du secteur, elle se présente comme un support pour l’aider dans sa prise de décision. « L’intelligence artificielle est là pour aider l’humain à prendre de meilleures décisions, pour lui épargner tout un travail qui est chronophage et qu’il ne peut pas faire. C’est aussi ça notre ligne de conduite : on est là pour aider les professionnels de la mode, nous n’avons pas une expertise sans faille du métier comme eux l’ont, nous sommes là pour les nourrir plutôt que pour les remplacer. » 

L’ajustement par rapport à l’offre de ses concurrents ne se substitue pas non plus à la nécessité de construire une véritable identité de marque. Il reste toutefois indispensable au développement d’une entreprise. « Une marque de mode c’est avant tout une identité forte, une histoire qu’elle raconte et comment elle se démarque des autres. Il faut que cette histoire s’illustre concrètement, dans la construction de la collection par exemple. On voit en France se développer beaucoup de  marques créateurs qui bloquent sur comment passer à l’étape suivante. Ces marques sont développées par des créateurs extrêmement talentueux, ayant une très grande intuition ainsi qu’une sensibilité produit très forte. Néanmoins à un moment donné, il faut regarder ce qui se fait dans la concurrence pour mettre en avant ses points de différentiation. Il faut aussi consolider ses process, ses plans de collection etc. »

Une usine de la donnée

La startup fait aujourd’hui partie de VP Impulse, l’accélérateur de Vente Privée à Station F, où elle affine sa technologie. « La collaboration étroite que nous avons avec leurs équipes métiers et tech nous permet d’avancer dans la robustesse de notre technologie. » 

Pour 2018, daco ambitionne de se développer encore davantage sur le marché de la mode mais également de se lancer dans d’autres secteurs. « Pour 2018, l’objectif c’est d’inonder le marché du prêt à porter et des chaussures, où on a prouvé notre légitimité. Le PAP est l’un des marchés les moins dotés d’outils de benchmark car il est nécessaire d’avoir une technologie d’identification de produits comparables. Techniquement, si on arrive à faire la mode, cela devient facile d’adresser les autres secteurs en termes de reconnaissance d’image. »

La startup envisage aussi de renforcer ses algorithmes et ses recommandations. « On a pensé nos algorithmes de façon très ouverte, on pourrait même mixer des analyses de données de performance interne à des analyses de données externes pour aller beaucoup plus loin dans la stratégie prix. daco, c’est une usine de la donnée ! » 

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