Durabilité et inclusion : tendances phares du festival SXSW Interactive 2018

SXSW, plus qu’un ensemble de festivals, est depuis 30 ans la rampe de lancement d’idées et de technologies révolutionnaires. Un melting pot d’experts et de personnalités curieuses et avant-gardistes, qui nous ont nourris de discussions formelles et informelles autour des futurs possibles de nos sociétés du 9 au 19 mars à Austin, unique ville démocrate au cœur d’un Texas majoritairement républicain. 

Résolument transversal à toutes les industries, SXSW a vu par le passé se lancer des sociétés comme Twitter ou Foursquare, et a rassemblé cette année encore de nombreuses personnalités, d’Elon Musk à Karlie Kloss, en passant par Melinda Gates. Si l’événement, depuis deux ans, n’a pas vu de géant du web faire d’entrée fracassante, il n’en reste pas moins le berceau des réflexions clés autour du monde de demain.

Le produit : Bose AR

L’événement s’est ainsi concentré sur les idées, les sujets de fond, plutôt que sur les technologies en elles-mêmes. L’Intelligence Artificielle, la robotique, les technologies immersives, la Blockchain et les crypto-devises ont bien sûr agité tous les esprits, mais toujours sous l’angle de l’Humanité, de l’empathie, de l’inclusion et de la durabilité. Dans ce contexte, notre attention s’est portée sur un concept de produit, et plus particulièrement sur la démarche de son concepteur, Bose.

L’expert du son propose ici une technologie hardware et software (matérielle et logicielle) capable de diffuser des informations audio en relation avec ce que l’utilisateur regarde. Un prototype de lunettes de soleil que nous avons eu la chance d’essayer. Logés à l’intérieur des branches, des capteurs de mouvement enregistrent ce que la personne regarde et couplent ces informations au GPS du smartphone associé (via Bluetooth) pour diffuser des informations audio contextualisées, sans avoir recours à une caméra.

Le plus intéressant dans ce concept ? La démarche collective et collaborative dans laquelle Bose l’a conçu : la marque a créé un fonds d’investissement de 50 millions de dollars (41 millions d’euros) dans le but de financer les développeurs souhaitant contribuer au développement d’applications. Le MIT, l’université de New York, ASICS Studio, Strava, TripAdvisor, TuneIn et Yelp sont déjà partenaires, et vont tous travailler à construire la plateforme associée à cette nouvelle interface. La marque appelle tous ceux qui aimeraient contribuer à ce projet à se manifester auprès de l’équipe Partenariats.

Un produit qui s’inscrit dans la tendance « No Screens » que nous avions déjà repérée lors de l’édition précédente du festival. Pour (re)découvrir ses tendances, voir notre rapport SXSW 2017.

La conférence : Beyond Fashion Tech

Designer, conférencière et activiste, Céline Semaan croit en une mode capable de porter le changement social. A travers ses projets, elle défend une vision d’une mode respectueuse à la fois de notre environnement mais aussi de ses travailleurs et de ses consommateurs. The Library Eco se veut être un lexique de la mode durable, mis en forme à travers la réinterprétation de pièces iconiques. The Slow Factory, une marque 100% en ligne de vêtements et accessoires couplée à un lab Fashion Tech, entend porter le message de l’activisme sur des pièces dont la chaîne d’approvisionnement est 100% propre et équitable.

Nous rappelant des chiffres alarmants sur les sujets de l’esclavage moderne ou du travail forcé des enfants, Semaan a dévoilé des projets qu’elle a portés avec des communautés d’enfants réfugiés de son Liban d’origine, et nous a par ailleurs interpelés sur les conséquences néfastes d’une course à l’innovation effrénée. En effet, si le futur peut être connecté, il doit avant tout être propre, et selon Semaan, nous devrions d’abord nous concentrer sur les possibilités offertes par les nouvelles technologies pour répondre à des problématiques réelles et urgentes, plutôt que de continuer à être distraits par de l’innovation gadget. Et c’est un point important, nous ne sommes aujourd’hui pas encore capables de recycler une grande partie de nos déchets électroniques, alors pourquoi vouloir à tout prix l’intégrer à du textile ? Selon Semaan, de tels produits doivent intégrer, dès leur phase de conception, une réflexion autour de leur fin de vie, voire une solution pour les intégrer à un système circulaire.

« Nous avons oublié que l’électronique n’est pas conçue pour être recyclée : 77% des décharges ont des déchets toxiques qui ont un impact sur notre vie en fin de compte. »

Eh oui, nous finissons inévitablement par manger nos propres déchets, avalés au préalable par nos futurs aliments. Alors, comment pourrions-nous utiliser la technologie pour réduire cet impact ? En triant les articles avant de les envoyer au recyclage ? Selon Semaan, il est nécessaire de mettre en place un processus circulaire et inclusif, elle préconise notamment qu’écologistes, activistes et sociologues soient impliqués dans ce processus d’innovation.

A la fin de la conférence, j’ai interrogé Semaan sur ses idées d’arguments pour convaincre du nécessaire changement de comportement que nous devons adopter, en tant que consommateurs, et ce au-delà des images choquantes que nous connaissons de plus en plus (voir The True CostRiverblue, ou encore Cash Investigations…). Comment convaincre des étudiant(e)s en école de mode de changer leur comportement face aux géants de la fast fashion ? Selon Semaan, la façon dont la mode est enseignée aujourd’hui, manque encore trop de contexte environnemental, social et politique. Selon elle, le système doit être repensé pour ne plus enseigner en silos (qui est l’une des raisons de l’appropriation culturelle). Oui, les options actuelles sont encore trop coûteuses comparées à celles de la fast fashion, et ce n’est pas la culpabilité qui inspirera les gens à changer leur comportement et leur rapport au vêtement, m’a-t-elle répondu. Le discours doit donc être résolument positif, inclusif et motivant pour qu’il soit pris au sérieux et débouche sur de réels changements.

IN BRIEF | Les tendances de fond : empathie, inclusion, durabilité et place des femmes

« The Future is Female » pouvions-nous lire fièrement arboré sur de nombreux t-shirts durant ces dix jours de festival. Cette année, si les technologies qui agitent le monde entier étaient présentes (du quantum computing aux technologies immersives, en passant par l’intelligence artificielle, la robotique et la blockchain), c’est dans un contexte plus terre-à-terre que nous nous sommes plongés dans le futur.

Ancré dans des réflexions fondamentales autour des futurs que nous souhaitons construire, le festival témoigne de la fusion entre nos vies réelles et digitales. La connectivité n’est plus la question, il s’agit désormais d’utiliser les technologies à notre disposition pour construire un monde meilleur. Malgré la place grandissante des marques, souvent critiquée, SXSW reste le berceau d’idées et de connexions pour la contribution de chacun à un avenir inclusif, respectueux et durable. A l’an prochain Austin !

Si vous souhaitez en savoir plus sur les technologies, startups ou réflexions prospectives repérées lors de ce SXSW 2018, notre équipe prépare des rapports exclusifs : insights, startups et tendances prospectives – pour en savoir plus, n’hésitez pas à nous contacter !

CET ARTICLE A ÉTÉ RÉDIGÉ PAR FUTUR404, DANS LE CADRE DU SOUTIEN À L’INNOVATION & AUX ENTREPRISES DE LA MODE DU DEFI.

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