L’intervention de Clarisse Reille sur la mode durable au Global Summit of Women

La directrice générale du DEFI Clarisse Reille était invitée à intervenir le 29 octobre dernier lors du Global Summit of Women 2021 à Lisbonne sur le thème « Transforming the green economy ». Elle a abordé l’engagement du secteur pour une mode responsable et notamment l’exemple des marques de luxes qui font figures de pionniers.

Retour sur les principaux éléments de son intervention :

Propos préliminaires

Dissocier ou opposer économie et écologie est contreproductif. C’est leur contribution respective qui crée la valeur : quand l’écologie se met au service de l’économie, quand l’économie se met au service de l’écologie

La mode a un impact sur l’environnement car elle touche directement toute la population. On peut le voir négativement, une industrie polluante, ou positivement, un levier vers une transition.

Quels sont les enjeux ? De quoi parle-t-on ?

Le rôle du charbon et du transport

Le charbon est la première source d’énergie et réprésente 44% des émissions de CO2.

Le 1er secteur est le transport qui représente 24% des émissions de C02.

L’impact des pays extra-européens

Emissions moyennes de CO2 par habitant dans le monde : 4,4T

France : 3,8T

Union Européenne : 5,2T

Chine : 7,1T

USA : 13T

L’impact indéniable du secteur de la mode en tant que secteur des biens de consommation

La mode est un secteur économique clé

  • 7,8 milliards de consommateurs
  • 300 millions de travailleurs
  • Marché mondial de l’habillement et de la chaussure :
    • 1240 milliards d’euros
    • 2e secteur des biens de consommation
  • Marché mondial de l’habillement et de la chaussure de luxe :
    • 106 milliards d’euros, 9% du marché de la mode
    • Les Maisons françaises représentent 30%
  • Marché du luxe : Chanel, LVMH, Kering, L’Oréal Luxe et Hermès représentent 83 milliards d’euros en 2020 
SOURCES | EUROMONITOR, IFM, FONDATION ELLEN MCARTHUR

La mode et le CO2

La mode représente 4% des émission de gaz à effet de serre pour l’habillement et la chaussure

Cela est principalement lié à la production de la matière et à l’utilisation.

La mode n’est pas le deuxième secteur le plus polluant comme l’indique Vanessa Friedman dans un article du New York Times de 2018 : The Biggest Fake News in Fashion.

Emissions de CO2 - présentation Clarisse Reille
SOURCES | MCKINSEY

Que devons-nous changer ?

L’empreinte carbone est liée à de multiples facteurs aujourd’hui clairement identifiés sur lesquels tous les acteurs majeurs travaillent individuellement et collectivement.

  • La façon de produire
  • La façon de consommer, de la surconsommation à une consommation de qualité
  • La recherche de la valeur plutôt que de la quantité
  • Les consommateurs demandent ce changement

Les consommateurs sont en quête de mode responsable

La requête google « mode durable » est plus fréquente que « mode » seule.

La protection de l’environnement est le facteur le plus déterminant lors de l’achat d’un bien de luxe, devant le bien être animal, la fabrication éthique et la transparence des matières.

Achats responsables - présentation Clarisse Reille
SOURCES | BCG: FONDAZIONE ALTAGAMMA 2018

Leviers clés

  • Ecoconception
  • Traçabilité
  • Approvisionnement étique et de qualité
  • Innovation
  • Recyclage, Upcycling, Location – Seconde main : nouveaux business models
Roue de l'éco-conception - - présentation Clarisse Reille

Une distinction entre fast fashion et luxe doit être faite

Le luxe a un impact quantitatif faible :

  • Une part réduite du marché global de la mode
  • Pas de surproduction
  • Très peu de soldes
  • Des matériaux de qualité
  • Des produits qui durent
  • Une fabrication européenne : France, Italie, Portugal
  • Des fibres naturelles

Les Maisons de luxe n’ont pas l’habitude de valoriser ces aspects sur leurs produits, au sein de leurs boutiques ou dans leurs campagnes média.

Fibres - présentation Clarisse Reille
SOURCES | TEXTILE EXCHANGE

Le luxe a une forte capacité d’influence au niveau mondial

Le luxe est un acteur essentiel pour donner de la la visibilité aux actions en faveur de l’environnement.

Il doit être exemplaire !

 « Aujourd’hui, ce sont les PDG du luxe qui poussent le gouvernement à agir. L’industrie donne envie à la société de bouger : elle incarne un but à atteindre, en termes de tendances, de mode de vie. », note Bertrand Piccard.

Un engagement de longue durée envers un sujet complexe

Les entreprises de luxe ont fait figures de pionniers depuis les années 1990

  • Un sujet complexe : toute la chaîne de valeur est concernée. Collections – Matières- Production – Packaging – Transport – Retail – Usage
  • Un engagement de longue durée renforcé par la COP21 et l’Accord de Paris
  • La création d’un département de l’environnement chez LVMH en 1992 
  • La première charte Kering en 1996, la mise en place d’une équipe dédiée et d’une plateforme digitale de calcul de l’empreinte environnementale dès 2003
  • Le Fashion Pact : 2019 – G7 – une coalition mondiale ne rassemblant pas seulement les marques de luxe
    • 3 priorités : climat, biodiversité, océans
    • Le nombre de signataires a doublé en un an (plus de 60)
    • L’un des objectifs est d’atteindre la neutralité carbone en 2050 
  • Stella McCartney est l’une des pionnières du luxe responsable avec la prise en compte de l’environnement dès la création de sa marque en 2001
  • La Federation de la Haute Couture et de la Mode : 
    • Un outil d’éco-conception
    • Un outil d’évaluation d’impacts pour les fashion weeks 

En France et à partir de 2022, la destruction des invendus sera interdite

Des programme stratégiques en profondeur

Pour toutes les Maisons :

La mesure de l’impact carbone et une évaluation externe

LIFE 360 de LVMH :

4 piliers pour la prochaine décennie :  biodiversité, changement climatique, économie circulaire et transparence.

LVMH prévoit de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 2026.

La stratégie HORIZON 2025 de Kering

  • 3 piliers : Care (réduction de l’impact environnemental, approvisionnements responsables, protection et restauration de la biodiversité), Collaborate (RSE) et Create (Innovation).
  • Le groupe prévoit de réduire de 50% ses émissions de CO2 d’ici 2025.
  • Le P&L (compte de résultat) environnemental (mesure et attribution d’une valeur monétaire à l’impact environnemental) : engagement de le réduire de 40% sur la chaîne de valeur d’ici 2025.

La mission 1.5° de Chanel

  • Réduction de l’empreinte carbone de 50% d’ici 2030
  • Réduction des émissions de la chaîne de valeur de 40%
  • Passage à 100% d’énergie renouvelable sur leurs propres opérations d’ici 2025

Hermès et le code de conduite GLOBAL COMPACT des Nations Unies

La Maison a rejoint le Global Compact, la plus grande initiative RSE au monde dont l’objectif est de rassembler des entreprises autour de 10 principes universels en matière de droits humains, de travail, d’environnement et de lutte contre la corruption ainsi que de contribuer à des avancées sociétales.

Les jeunes créateurs

De multiples initiatives – quelques exemples

  • L’EP&L de Kering
  • La plateforme Nona Source de revente de matières d’exception du groupe LVMH
  • L’éco-conception du flacon Gabrielle de Chanel
  • La réparation proposée par Berluti 
  • Le lancement par John Galliano de la ligne Recicla pour Maison Margiela
  • Le packaging issu de matériaux recyclés de Balenciaga
  • L’initiative upcyling d’Hermès : Petit H
  • Le centre de production CELINE répondant aux plus hauts standards de développement durable
  • Les collections en partie recyclées de Marine Serre
  • Les 12 règles de gestion environnementale des boutiques Saint Laurent
  • Le nouveau service vintage lancé par Isabel Marant avec la startup Faume
  • Le partenariat de Burberry avec the RealReal pour encourager la revente

Graphes

L’EP&L de Kering

Il ne montre pas d’opposition entre l’augmentation du chiffre d’affaires et la réduction de l’empreinte environnementale.

On remarque que l’impact a été réduit de 13% en termes absolus entre 2018 et 2020. 

EP&L de Kering - présentation Clarisse Reille

La mode responsable : bien plus que le CO2

Une très forte implication du luxe

Egalité des sexes : la fondation Chanel, la women’s initiative de Cartier, le programme L’Oreal-Unesco pour les femmes et la science, le mentoring Women@Dior, l’engagement de Saint Laurent contre les violences faites aux femmes, le congé maternité chez Kering.

Education : 15 écoles et programmes créés par le luxe français.

Diversité : elle est très présente dans le secteur du luxe, ce qui est d’ailleurs une des clés de son succès.

Biodiversité : approvisionnements et R&D.

Prise en compte de l’éthique dans la chaîne d’approvisionnement. 

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