Pour cette cinquième semaine de notre série consacrée aux 10 tendances identifiées par McKinsey & Company et le Business of Fashion (BoF) dans leur rapport The State of Fashion 2026, nous nous intéressons à une accélération majeure du marché : le Resale Sprint soit « la course à la seconde main ».
La croissance de la seconde main est avant tout tirée par un facteur économique : l’augmentation des prix sur le marché primaire. Selon le rapport, le marché mondial de la mode et du luxe de seconde main devrait croître deux à trois fois plus vite que le marché du neuf d’ici 2027, pour atteindre 317 milliards de dollars. En 2026, près de 60 % des consommateurs dans le monde se déclarent susceptibles d’acheter de la seconde main, avec un niveau supérieur à 70 % en Chine, où la demande est portée par l’accès au premium et au luxe à des prix plus accessibles.
Cette dynamique a été rendue possible par la montée en puissance des marketplaces digitales, qui concentrent aujourd’hui l’essentiel des volumes. Après une longue phase de croissance peu rentable, ces plateformes atteignent progressivement la profitabilité grâce au passage à l’échelle, à des optimisations logistiques telles que la centralisation des stocks, l’optimisation des flux de transport, la gestion automatisée des retours et l’intégration transparente avec les systèmes des marques, et à l’usage de technologies d’automatisation et d’IA, notamment pour l’authentification et le traitement des produits. Le resale est désormais un canal structuré, industrialisable et économiquement viable.
Dans ce contexte, les marques et les retailers ne peuvent plus rester en retrait. Même si la revente opérée directement par les marques reste minoritaire face aux plateformes entre particuliers, le nombre de programmes de seconde main a fortement progressé depuis 2021. Les entreprises y voient principalement trois enjeux : acquérir de nouveaux clients à des points de prix plus bas, conserver le contrôle de l’image et de l’expérience de marque, et capturer de la valeur sur l’ensemble du cycle de vie du produit.
Les données montrent également que la seconde main peut soutenir le marché primaire. 43 % des consommateurs déclarent avoir découvert une marque via la seconde main avant d’acheter ensuite en neuf. Certaines catégories sont particulièrement concernées, comme les sacs, montres, bijoux et l’outerwear, dont la durabilité et la valeur perçue favorisent la revente selon les marchés.
Pour les entreprises de mode, cette « course à la seconde main » impose des choix structurants : définir le bon modèle (partenariat avec une plateforme, solution de Resale-as-a-Service : c’est-à-dire une solution clé en main permettant de gérer la revente de produits d’occasion sans développer sa propre infrastructure, ou dispositif intégré), prioriser les catégories à fort potentiel et aligner cette offre de seconde main avec la proposition de marque. En 2026, la seconde main n’est plus un sujet périphérique : elle devient un outil stratégique de compétitivité, de recrutement client et de renforcement de la valeur de marque, tel que souligné par McKinsey et Business of Fashion.
