Interview – Les Nouveaux Créateurs, « un salon hybride pour des créateurs hybrides »

Nous avons rencontré Mogany Pichancourt et Aubry Couffin du salon Les Nouveaux Créateurs. L’événement reviendra pour sa seconde édition les 15 et 16 septembre prochains à l’Espace Commines dans le Marais. Placé sous le haut patronage de Jack Lang, le salon se présente comme un « concept pionnier » entièrement dédié à la jeune création et s’adressant aux professionnels comme au grand public.

Mogany Pichancourt est la Directrice générale et artistique du salon. Styliste et designer textile, Mogany a toujours été très attachée à la promotion d’une mode collaborative et sociale mettant en avant la jeune création.

Mogany :

« Après un diplôme de styliste/designer textile, j’ai commencé à travailler dans la presse de mode. J’ai aussi beaucoup travaillé dans le social, j’ai notamment animé des ateliers couture et je fais partie de l’équipe pédagogique de la Casa 93. Je suis personnellement très attirée par la création d’univers et par la jeune création : ce que je faisais en tant que styliste photo dans la presse, je l’ai retrouvé dans l’événementiel. Mon parcours et mon objectif, c’est de découvrir et de promouvoir cette jeune création. »

Mogany Pichancourt

« Pour l’amour de l’art et de la mode »

Mogany a créé le salon Les Nouveaux Créateurs pour l’agence d’événementiel Artzivor avant de reprendre le projet à son compte en créant l’association Musae.

« Comme Les Nouveaux Créateurs grandissait, je me suis séparée d’Artzivor pour me concentrer sur le salon, même ni nous sommes toujours en lien. J’ai reformé une équipe géniale, d’une dizaine de personnes, et nous avons repris le projet avec une association à but non lucratif qui s’appelle Musae. Pour l’instant nous sommes tous bénévoles, pour l’amour de l’art et de la mode. »

Aubry est le Responsable de l’accompagnement des créateurs du salon. Passionné depuis son plus jeune âge par la création, il a abandonné des études d’expertise comptable pour se lancer dans des études de mode en France et à l’étranger. Il a ensuite travaillé pour des startups du secteur avant de rejoindre la Maison Lemaire puis de retourner à sa première passion en devenant consultant pour des jeunes marques. Aubry a rejoint l’équipe des Nouveaux Créateurs en début d’année.

Aubry :

« J’avais déjà commencé depuis très jeune à soutenir des porteurs de projets, à les rencontrer avant même qu’ils ne se lancent, à réfléchir à leur business development… Après avoir décidé de m’orienter professionnellement dans la mode, j’ai travaillé pour des jeunes marques comme Wanda Nylon, Amélie Pichard et Léa Peckre. J’ai un peu mis tout ça entre parenthèses car j’ai travaillé chez Lemaire pendant deux ans, j’étais responsable de leur service production. J’ai finalement décidé de revenir à mes premières passions et c’est dans ce cadre-là que j’ai contacté Mogany qui était en train de refaire son équipe. »

L’accompagnement des créateurs a débuté avec l’arrivée d’Aubry. Ce coaching gratuit s’inscrit naturellement dans l’ADN du salon et fait désormais partie intégrante de son activité. Aubry guide ainsi les jeunes créateurs dans le développement de leur entreprise tout au long de l’année.

Aubry :

« Dans un premier temps, je fais des rendez-vous individuels avec les créateurs pour parler de leur marque et de leurs attentes. Leurs questions peuvent concerner le pricing, la gestion des réseaux sociaux, le business development ou encore le financement. Je peux leur apporter des réponses,  des connaissances, mais aussi des contacts de personnes avec qui je peux les mettre en lien. Et ce n’est pas simplement un coaching que l’on fait jusqu’au salon. On continue et on organise des workshops sur des thématiques diverses, on les suit, un peu comme des parrains ». 

Aubry Couffin

Mogany :

« C’est un petit salon, on se connait tous et on connait tous les petits créateurs. On suit toujours les créateurs de la première édition et on a même un petit groupe privé sur lequel on partage des bons plans comme des entrées pour les salons. Et tout l’accompagnement est gratuit, les workshops aussi. »

Selon l’équipe du salon, les jeunes créateurs sont rarement formés à la création et au développement d’une entreprise. Or ces qualités entrepreneuriales sont aujourd’hui déterminantes pour le succès des marques émergentes.

Mogany :

« C’est un accompagnement qui est nécessaire pour préparer les toutes jeunes marques à un salon. Priscilla Jokhoo de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin nous a dit une phrase que j’ai adorée « quand on monte une marque, il faut être créateur et entrepreneur ». On ne peut plus faire l’un sans l’autre. »

Aubry :

« Certains se sentent jetés dans la fosse. Quand ils vont faire un grand salon et qu’ils arrivent le jour J en ayant signé plein de documents, personne ne leur a dit comment ça se passerait. On leur apprend à être créatif à l’école, mais pas forcément à faire du business en tant que tel. »

Si le salon Les Nouveaux Créateurs se distingue par son public (BtoB et BtoC), il présente deux autres particularités : son rôle de marché test pour la toute jeune création et son format hybride à la frontière de l’art et de la mode.

Mogany :

« Nous sommes un salon destiné aux professionnels, aux médias et au grand public, cela n’existait pas jusqu’à ce qu’on le lance. Nous sommes aussi un salon qui est entièrement dédié à la jeune création, ce qui est très rare. Nos créateurs sont des très jeunes créateurs : nous avons répondu à un vrai besoin des très jeunes marques et des jeunes diplômés. Nous sommes un test marché BtoB et BtoC pour eux. Enfin, nous sommes également un salon qui prend en compte les nouveaux formats des créateurs, c’est-à-dire un salon hybride pour des créateurs hybrides. Aujourd’hui, les domaines sont très poreux, donc nous avons des créateurs de mode mais nous allons aussi beaucoup vers l’art contemporain, l’artisanat et le design. Nous avons également des créateurs qui vont vers la sculpture, la performance, l’édition, la vidéo ou encore l’installation plastique. C’est aussi cela que l’on veut montrer : l’innovation, les tendances, ce qui se fait d’avant-gardiste, d’alternatif et de nouveau. »

A l’heure où l’on s’interroge sur l’évolution du format des salons, Les Nouveaux Créateurs présentent un concept innovant qui pourrait inspirer le salon du futur. Selon Mogany, ce nouveau format requiert toutefois un effort de communication et de médiation pour être facilement identifié par les créateurs et les visiteurs.

« J’ai été interviewée par l’Union Française des Métiers de l’Evénement (UNIMEV) qui était intéressée par ce tout nouveau format. Mais ce n’est pas sans difficultés. Pour cette deuxième édition, nous avons davantage travaillé sur la communication face à la réalité de la première édition : le public ne comprenait pas exactement ce que c’était. Nous sommes à la fois une expo et une market place, ouverts au public et aux professionnels. Le public pensait que ce n’était qu’une expo et qu’on ne pouvait pas acheter. Dans le même temps, les créateurs n’étaient pas assez préparés et n’avaient pas mis d’étiquettes de prix. Ils ne savaient pas forcément quel prix faire pour le public.  Donc cette année, nous avons décidé que c’était le prix wholesale pour tout le monde, et ce sera également un argument de vente pour le public. Il y a aussi  des créateurs qui n’ont que des prototypes : il faut que le public comprenne qu’il peut commander et qu’il ne peut pas forcément acheter tout de suite. Il y a beaucoup de créateurs qui ne savent pas où nous situer, parce qu’ils ont l’habitude de postuler à des marchés créateurs. Donc il faut beaucoup communiquer, et que les gens s’habituent et comprennent qu’il y a autre chose qui peut exister. »

Le premier projet à venir du salon Les Nouveaux Créateurs est de poursuivre leur développement à l’international déjà bien engagé.

Mogany :

« Nous sommes très contents car dès la deuxième édition nous sommes déjà un salon international. Nous n’avions presque que des marques franco-françaises lors de la première édition. Cette année, nous avons des participants qui viennent du monde entier. Nous avons un pop-up store coréen, une exposition sur la mode émergente du monde arabe, le Festival International des Jeunes Créateurs de Mode de Dinan, etc. Notre premier objectif, c’est donc de continuer à se développer au niveau international, de se faire connaître, et peut-être même d’aller faire des salons ailleurs car ce format n’existe pas forcément dans les autres pays alors que c’est une vraie demande et un vrai besoin du marché de la mode qui est en totale mutation ».

Sur le plus long terme, Les Nouveaux Créateurs souhaite développer la communauté que le salon a créée depuis la première édition et qu’Aubry accompagne depuis son arrivée. Il ne s’agira plus seulement d’un salon mais d’un vivier de jeunes talents rigoureusement sélectionnés et reconnus sous l’étiquette « Les Nouveaux Créateurs ».

Aubry :

« Le projet est de continuer à les accompagner au-delà du salon, notamment ceux qui seraient prêts  à faire un festival, ou encore ceux qui vont avoir des commandes wholesale et qu’on accompagnera sur le sourcing. L’idée est de créer quelque chose de fédérateur, qui va vraiment faire ressortir une notion de « communauté » plutôt que de « salon ».

Mogany :

« C’est un vivier de jeunes talents. Nous envisageons également de les préparer ou de les présenter à des prix, à des concours, à certains salons. Nous essayons de créer un écosystème depuis la première édition, c’est-à-dire d’être partenaire avec des incubateurs (Les Ateliers de Paris, Atelier Meraki), des Prix (Festival International des Jeunes Créateurs de Mode, FashionTech Week), des écoles (ENSAD, ESMOD, Atelier Chardon Savard) ou encore des concept-stores (Front de Mode, The Matter, L’Exception). »

www.nouveauxcreateurs.com

One thought on “Interview – Les Nouveaux Créateurs, « un salon hybride pour des créateurs hybrides »

  1. Bonjour à deux,
    WOW !! C’est juste incroyable et génial ce que vous dites dans cette inteveiw, ce que vous proposez et organisez !!!
    Je suis sculpteur. J’ai été mise en lien avec vous par Pascal Pichancourt, du lien artistique et fort en amitiés.
    Je bataille avec ma visibilité et les ventes, un classic. Suis-je une jeune artiste ? Hmm mes amis/es artistes me le disent hors fort que oui … navrant vraiment.
    Peut-on se rencontrer ?
    Bien à vous deux
    Natacha

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