Mode : la pression écologique complique la donne – Article des Echos du 02/04/2021

Article rédigé par Dominique Chapuis – Les Echos

L’Union européenne et la France expérimentent l’étiquetage informant sur l’impact environnemental des vêtements. Les enseignes indépendantes y sont favorables mais redoutent la complexité et l’abondance de ces écolabels.

Une mode responsable, oui. Trop de paperasse pour y arriver, non. La multiplication des initiatives dans ce domaine, à la fois pour mieux informer le consommateur et réduire l’impact environnemental de cette industrie, inquiète la profession. La responsable du DEFI, la plateforme de financement de la mode, Clarisse Reille, redoute qu’« au vu de la complexité des référentiels en préparation, les PME ne puissent pas suivre, et se trouvent misent à l’écart ». Et soient considérées au final, comme des mauvais élèves dans un secteur qui emploie 600.000 emplois, pour plus de 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Plusieurs cadres réglementaires sont en discussion. L’Europe a lancé une consultation sur la mise au point d’un nouvel affichage environnemental (la « Sustainable Products Initiative »), en sus de son pacte vert (le Green Deal). En France, la loi sur l’économie circulaire a été votée en février 2020. Elle comprend notamment un index de l’Ademe qui a défini un standard, indiquant à chaque étape de la fabrication l’impact sur la planète.

« Les entreprises doivent par exemple donner le taux de CO2 dégagé au moment où le tissu est ennobli [les différentes étapes de finitions, comme la coloration, NDLR] note la directrice générale du DEFI. C’est mission impossible pour une société de taille moyenne qui n’a ni les équipes ni les moyens pour le faire.  Cette approche « fondée sur des reportings détaillés, correspond plus aux capacités des géants du secteur qu’aux acteurs plus modestes », poursuit cette dernière.

Pourtant ces petites marques ne manquent pas d’initiatives en matière durable. Souvent, elles bousculent les groupes d’habillement par leurs engagements, et font figure de pionnières. Certaines privilégient ainsi les matières premières plus durables, en utilisant du coton bio ou des matières recyclées, d’autres limitent l’usage des teintures. Améliorer la production en réduisant les émissions de CO2 ou la consommation d’eau, et avec un approvisionnement de proximité, est un autre moyen de réduire leur impact.

Adapter la démarche

« Mais elles ne peuvent pas tout faire simultanément, insiste Clarisse Reille. Le danger, c’est que le travail qu’elles mènent pour une mode plus durable soit gommé par des exigences trop lourdes pour elles. »

Que faire dans ces conditions ? Dans un premier temps, passer par des labels. C’est ce qui ressort d’un sondage effectué fin janvier par le DEFI, auprès des professionnels. Une nécessité. Car aujourd’hui, 76 % des répondants ne connaissent pas l’initiative européenne, en cours sur l’affichage et sur la traçabilité, indique l’association. Pire, ils sont 65 % à ne rien savoir de l’initiative française. Pourtant, les petites marques sont favorables à un affichage environnemental (56 %), qui est pour elles « une opportunité ». Mieux, elles sont 50 % à juger qu’il devrait être obligatoire. Mais à condition, que la démarche soit adaptée. La voie des labels ou autres certifications est ainsi plébiscitée (51 %), leur obtention portant sur des domaines spécifiques et prioritaires pour la marque.

Mais il faudra faire le tri, et retenir « les plus sérieux », estime la directrice générale du DEFI. Le secteur de la mode en compte plus de 200 dans le monde, avec des thématiques différentes (matières premières, émission de CO2, consommation d’eau, fabrication éthique, etc.). « On ne va pas mettre 4 étiquettes ou plus sur un pantalon, lavage, recyclage, fabrication, poursuit l’experte. Ca a aussi un coût ! ».

Cette dernière juge l’adaptation incontournable, « sinon, redoute-t-elle, on va tout droit vers une distorsion de concurrence sur le marché, entre les créateurs, les marques indépendantes, et les grands groupes ».

Article à retrouver dans Les Echos du 2 avril 2021.

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