« Le métavers est une manière supplémentaire d’interagir avec ses clients », l’interview retour de Paul Mouginot

En avril 2020 en plein confinement, le DEFI recueillait le témoignage de Paul Mouginot. Il nous avait livré un message d’optimisme sur les changements et les opportunités qui émergeaient pendant la crise du Covid. Paul pressentait un changement systémique dans la manière de travailler et évoquait l’alliage de réflexions stratégiques et de technologies comme un élément clé du succès des marques.

Pour le 100e bulletin, le DEFI a souhaité revenir sur une interview qui a marqué sa newsletter. Nous sommes donc allés à nouveau à sa rencontre.

Avec le recul, vois-tu des nouvelles tendances qui ont émergé avec la crise ? 

La crise a permis -ou forcé- de nombreuses entreprises à s’équiper d’outils de collecte, de traitement et de visualisation de la donnée. C’est particulièrement vrai dans le domaine du retail ou de la mode et j’ai pu le constater dans le cadre des interventions que je donne en Executive Education à l’Institut Français de la Mode. Alors que de nombreuses maisons avaient parfois pris avec retard le virage du e-commerce, elles sont à présent beaucoup plus matures pour utiliser les données et prendre des décisions stratégiques informées et quantifiées.

A présent, leur enjeu réside souvent dans la capacité à accumuler beaucoup d’informations pour alimenter ces systèmes, ainsi que dans le recrutement de talents dans le domaine de la data science ou de la stratégie.

Entrepreneur et artiste, tu multiplies les projets, où en es tu aujourd’hui ? Peux-tu nous en dire plus sur tes projets professionnels et personnels en cours ? 

Après l’acquisition de daco.io par Veepee (anciennement vente-privée), j’ai créé avec mes anciens associés le département Pricing de l’entreprise, et j’étais en particulier en charge du déploiement des outils d’extraction de données. Récemment j’ai quitté le groupe pour créer, stabler.tech avec mes associés Anis Gandoura et Romain Hévin.

Stabler.tech opère dans le domaine de l’extraction de données (ou web scraping en anglais) et va fournir toutes les ressources et outils nécessaires pour que chaque entreprise puisse déployer son propre département d’extraction de données, sans avoir à gérer la R&D complexe sur les standards Internet et les stratégies anti-robot. Concrètement, cela permettra à tout un chacun de s’équiper pour collecter des données sur son environnement concurrentiel, accumuler des données prix pour faire des modèles de prédiction de la demande, ou encore améliorer la qualité des fiches techniques présentes sur les sites. Nous souhaitons déployer une infrastructure simple à utiliser, facile à connecter et rassurante pour nos clients.

Il y a quelques années, j’ai également fondé aurèce vettier, un studio artistique qui combine algorithmes de pointe et métiers d’art. Je poursuis une recherche sur les possibilités offertes par ces nouvelles technologies dans la création, et j’ai eu la chance de beaucoup exposer ces derniers mois, notamment avec les galeries pal project, Spaceless Gallery et Darmo. 

Mes activités entrepreneuriales et artistiques s’alimentent mutuellement et je crois pouvoir dire qu’avec le temps qui passe, j’arrive de mieux en mieux à avoir le quotidien dont je rêve.

Paul répond à nos questions de Grèce où il participe à la résidence artistique Kinono.

Tu as récemment participé à la construction de l’agence NellyRodi dans le métavers, peux-tu nous en dire plus ? 

En 2020, j’ai participé avec 5 autres associés, dont mon ami Neal Robert et mon frère Adrien Mouginot, à la création de bem.builders, une agence aidant les entreprises désireuses de conquérir le métaverse à comprendre ces univers, et à s’y implanter. Nous avons une équipe permettant de projeter tous les corps de métiers sur les projets, de la conception à l’exécution des assets 3D, en passant par la communication et l’animation des communautés.

Nous sommes très fiers de la collaboration avec NellyRodi, pour qui nous avons créé un lieu sur-mesure dans le métaverse Cryptovoxels. Tout en reprenant les codes esthétiques et les objets emblématiques de leur siège parisien, nous avons conçu un lieu de rencontre, où ils invitent désormais certains de leurs clients.

Pour une entreprise telle que NellyRodi, l’implantation dans un univers virtuel a beaucoup de sens, car c’est un nouveau médium qui permet de montrer toutes sortes d’éléments difficiles à montrer sur du papier ou dans le monde réel. A titre personnel, j’ai toujours eu beaucoup de respect et d’amitié pour leurs équipes, qui n’ont jamais peur d’expérimenter et d’explorer.

Pour toi, le Métavers est-il une tendance de fond ? 

Depuis l’annonce de Meta, beaucoup de critiques s’élèvent à l’endroit du métaverse, et de manière souvent fort justifiée. 

Du point de vue utilisateur, la question se pose : a-t-on encore plus de temps à consacrer au virtuel ? A-t-on vraiment envie, le matin, d’enfiler des lunettes de réalité augmentée et de passer de notre petit 25m² à une villa dans la jungle amazonienne, pour entrer en conférence avec notre collègue déguisé en éléphant rose ? Pas sûr. 

Du point de vue des entreprises, comme toujours, je pense qu’il ne faut pas être esclave de ce medium, de cette technologie. Inutile d’essayer de tenter de déployer une stratégie métaverse si on n’est pas un minimum solide sur ses appuis, notamment la gestion des données.

En revanche, le métaverse et plus généralement les technologies web3 sont en pleine émergence, en pleine formation, et c’est formidable d’en être témoins. Chacun peut s’y confronter, réfléchir, se demander comment cela peut améliorer l’existant. Dans les entreprises, cela crée des discussions profondes, passionnantes, parfois même philosophiques sur l’usage des technologies : ce que je retiens du projet avec NellyRodi ou d’une conférence organisée récemment avec l’IFM et bem.builders pour la maison Dior.

En quoi le métavers peut-il être bénéfique pour les marques de mode/luxe ? Quels sont les nouveaux enjeux ? 

Comme le montre la stratégie adoptée par Nike depuis 2017, avec l’intégration verticale de tous les métiers de la data débouchant sur l’acquisition de RTFKT, le métaverse n’est qu’une manière supplémentaire d’interagir avec les clients ou la communauté de la marque. 

On peut anticiper des usages de plus en plus pertinents de ces espaces virtuels, notamment en matière de collaboration ou de simulation du réel. Ainsi, sur le plan industriel, chez bem.builders, nous regardons beaucoup les mouvements de Microsoft et NVIDIA.

Pour retrouver le profil LinkedIn de Paul : Paul Mouginot

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